Grand Nord

Sur les traces du changement climatique

Sept semaines durant, des équipes de la rédaction de 24heures accompagnées de jeunes scientifiques parcourent les régions arctiques, qui subit le plus fort le dérèglement du climat

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Etape 1
Bremerhaven - Copenhague - Kirkenes - Mourmansk

Margaux Couttet doctorante à l'EPFL Florence Millioud Henriques journaliste 24heures Olivier Wurlod journaliste 24heures Odile Meylan photographe 24 heures
Découvrez chaque jour une nouvelle page de notre carnet de route.

9 juillet 2016

Mourmansk (Kirovsk)

Avant de se rendre à l’aéroport en fin de journée, deux dernières escales nous attendent: la forêt paradisiaque de Lapland et la station de ski de Kirovsk, une petite ville minière proche de Mourmansk.

Un aller-retour de plus de quatre heures pour aller voir une forêt aux paysages très proches des nôtres, puis visiter des installations de ski russes. Certains doivent se dire: «ils sont fous ces Suisses»! Surtout qu’elles ne sont pas très hautes les montagnes de Kirovsk (1000 m de hauteur au max) et qu’en été, la neige a laissé la place à une nuée de moustiques. Mais voilà, lorsqu’il s’agit de l’un de nos sports nationaux préférés, où que ce soit dans le monde, les Helvètes ne sont jamais loin. A Kirovsk, la société suisse Bartholet contribue par exemple à l’essor de la petite station depuis maintenant près de 3 ans. Pour la première fois du voyage, notre groupe manque un peu de chance, puisqu’à notre arrivée sur place, le patron exploitant les remontées nous fait faux bond au dernier moment. Finalement c’est son adjoint qui nous décrira l’histoire de cette station et les raisons qui expliquent son incroyable développement ces dernières années.

Mais avant cette excursion en montage, nous avons passé une partie de la matinée dans la réserve de Lapland. Comme lors de notre visite de la réserve de Svanhovd en Norvège, les moustiques pullulent dans la forêt, allant jusqu'à rendre dingue la pauvre Margot. Il se dit que ces petites bêtes s’acharnent généralement sur une même victime, attirés par certains types de sang… Nous avions la nôtre, beau sacrifice!

Retour à Mourmansk pour notre ultime soirée, avant d’embarquer à 2 heures du matin pour un vol jusqu’à Moscou (puis un autre pour Genève)… Mais bon, comme la nuit ne tombe jamais sur la ville russe à cette époque de l'année, la fatigue se ressent moins.

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Mourmansk


8 juillet 2016

Mourmansk (Lénine)

Sur la route qui nous mène au Lénine, le premier Brise-glace nucléaire de l’histoire russe, Odile fait copain copain avec l’un des chiens errants du coin. Il suffit de lui donner un petit morceau de biscuit à croquer et la bête vous escorte à travers Mourmansk. Mieux vaut toutefois garder ses distances, car ses puces ne semblent avoir qu’une seule idée en tête… Celle de vous sauter dessus à la recherche de nouveaux et vierges territoires!

Une visite éclair du navire commence. On court d’une salle à l’autre sans malheureusement pouvoir s’intéresser aux nombreuses références historiques qui recouvrent pourtant les murs des couloirs du brise-glace. Mais ce n’est pas tous les jours que vous avez l’occasion d’être face au grand patron de la flotte de brise-glace nucléaires… Impossible d’être en retard.

Malgré l’expérience, des rencontres inattendues surviennent parfois dans le métier. La suffisance de ses propos envers le reste du monde, - chinois en tête -, son arrogance notamment envers l’Europe est tellement frappante qu’elle laisse coi. Une fois le patron de Rosatomflot reparti dans son SUV américain flambant neuf, on part flâner un moment au bord «des quais» de Mourmansk respirer le bon air marin du coin… Enfin bon, tout est relatif. Car avec les tonnes de charbon qui passent chaque jour par Mourmansk, l’air est saturé de particules noires cancérigènes.

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Mourmansk


7 juillet 2016

Mourmansk

Avant de partir à la conquête de la Russie, on profite de la matinée pour aller rendre visite au musée du coin. Consacré essentiellement à la Seconde Guerre mondiale, il rappelle qu’au Nord, face à l’agression russe survenue dès le début de la guerre, le choix de rejoindre les forces de l’Axe ne se posait pas. D’un côté 700 000 gaillards, dont 200 000 Allemands pour couvrir tout le «Borderland» contre la menace soviétique et des batailles mémorables (en tout cas pour cette région).

Notre guide russe et son chauffeur débarquent à Kirkeness vers midi… Départ immédiat pour Mourmansk, car la route sera longue. En Russie, les trajets en voiture vous rappellent combien elles sont chouettes nos autoroutes suisses… rapides surtout!

Vient le moment de franchir la frontière. Passage facile du côté norvégien. La crainte est que la musique soit moins douce de l’autre côté. Même pas, nos visas sont en ordre et la Russie s’ouvre finalement beaucoup plus facilement que ce que l’on craignait! Bienvenue donc dans la mère patrie.

On s’arrête une première fois pour une brève pause thé-gâteaux russes, puis une seconde fois à la bordure de la ville de Nickel pour «admirer le paysage»… Charmante cette ville minière aux deux cheminées rouges et blanches massives et dégageant continuellement une petite fumée blanche. Avec Norilsk plus à l’Est, Nickel serait la seconde ville la plus polluée de Russie. La nature complètement morte aux alentours de la ville nous laisse penser que les relevés et conclusions des scientifiques sont solides. Mieux vaut en tout cas ne pas souffrir d’asthme lorsqu’on vit dans le coin.

Enfin Mourmansk apparaît devant nos yeux en fin de journée et globalement cette dernière n’est pas ce que l’on peut appeler une belle ville. Si Paris à ses beaux quartiers et ses HLM. Et bien Mourmansk n’est qu’un gigantesque HLM aux immeubles délabrés. A noter que les architectes du coin ne se sont pas trop foulés. Un modèle en particulier a été reproduit des dizaines de fois et donne au moins une petite touche originale à la ville.

Départ immédiat pour notre première rencontre avec la responsable d’une petite ONG locale: Bellona. Avec le soutien financier des Norvégiens, cette dernière se bat depuis des années pour nettoyer sa région d’un passé nucléaire tenace.

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Mourmansk


6 juillet 2016

Kirkenes

Kirkenes, c’est joli comme nom. Mais qui peut bien vouloir avoir envie de visiter ce village au bord de la mer de Barents à 2247 kilomètres du Pôle Nord et à 352 du cercle arctique ? On imaginait l’avion Oslo-Kirkenes pour nous tout seul, erreur : il est plein ! C’est vendredi, peut-être ramène-t-il au bercail quelques travailleurs, quelques norvégiens venus y passer le week-end ? Mais il y a surtout des touristes, des motards, des cyclistes, des marcheurs débarquant au milieu de nulle part après deux heures de vol depuis Oslo. Heureusement, la compagnie d’aviation qui dessert l’aéroport avec deux vols hebdomadaires a tout prévu et avec classe… un bus attend les voyageurs pour les emmener en ville. Tous, ou presque, convergent vers l’Hôtel Thon, le navire amiral de ce port européen le plus proche de l’Asie qui se rêve en centre névralgique et logistique de la route maritime du Nord et en station touristique. Si le premier prend son temps, le deuxième commence à se concrétiser depuis quelques années. Pour preuve, les locations de quads se développent comme les propositions de safaris sur les traces du crabe géant. Reste à lui amener un peu de vie, on ne peut pas dire que Kirkenes, ancienne ville minière, ait la fièvre ni du vendredi, ni du samedi soir.

Nous, oui, c’est notre premier soleil de minuit à tous. Génial… à un détail près, la mouette se prend pour la cigale de La Fontaine et chante toute la nuit.

Arrivés sans rendez-vous à Kirkenes - nos mails étant restant lettres mortes – on s’active et comme par miracle, tout se dénoue en deux coups de fil et quelques minutes. Reste à trouver une voiture de location. En attendant qu’elle se libère, on tente le dialogue avec les pêcheurs russes de crabes géants à quai pour le lifting annuel de leurs bâtiments avant de partir en mer exercer leur droit de pêche, courant sur un mois seulement. Chose faite, on part pour Bugoynes, village de pêcheurs de 230 âmes qui a résisté à la guerre, pas à la désertion de ses habitants mais sauvé in extremis par la pêche du crabe géant, sa principale économie. Pour changer, il pleut! On en aurait presque oublié que la région est infestée de moustiques.

Ils se rappellent à nous une fois arrivé à Svanhovd, centre de recherches sur la faune et la flore. La guerre est déclarée… et dire que notre interlocuteur en short semble totalement immunisé. Il n’y a pas de justice.

Dernière nuit à Kirkenes, la mouette est fidèle au poste. Demain on passe la frontière russe.

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Kirkenes


5 juillet 2016

Copenhague

Du train. Du train sur un bateau... Des rails et de l'eau pour maximiser et pour rationaliser le flux des déplacements:. Pas de doute, la Scandinavie a le don du transport écologique et ce n'est pas uniquement en raison de ses immensités reliant une ville à l'autre ou parce que les fjords découpent ses terres en une dentelle extrêmement complexe.

En arrivant à Copenhague, c'est aussi cet art du transport qui saisit à part la chaleur tropicale que les pays du sud pourraient lui envier en ce drôle d'été. Plus plate que plate - au point d'avoir construit un parcours sportif au-dessus de la rivière Mølleåen - la capitale fait encore mieux qu'Amsterdam dans sa déclaration d'amour aux deux roues.

Rouler en vélo tient de l'évidence, même pas besoin de klaxonner intempestivement pour le prouver aux irréductibles ou aux étourdis comme dans la première ville néerlandaise. Ici, sur l'eau avec les bateaux électriques comme sur la terre ferme, les droits sont à l'art de vivre en total respect avec l'environnement même dans les zones de non-droits des règles les plus incontournables comme Christiana, quartier hippies autonome. Enfin là c'est sur le papier que les libertés sont souveraines, une fois sur site, même la photographie n'est plus un droit du touriste lambda! Joli baroud révolutionnaire à l'heure du selfie!!! Ou... La preuve, s'il en fallait une, que les libertaires de Christiana ont fait un petit blocage sur l'évolution de la société en même temps qu'ils ont eu de la peine à rajeunir leurs effectifs. Bref, c'est aussi ça l'esprit de Copenhague, une ville ouverte à tout et surtout aux étudiants Erasmus. Une ville qui fait la preuve à tous ses coins de rue de la réussite d'une politique familiale dynamique: qui y vend des landaux ne devrait pas faire faillite de si tôt. Mais on n’est pas là pour ça: nous on a rendez-vous avec la science au Centre for ice and climate de l’Université de Copenhague.

Trois filles, un garçon: on lui confie la carte et le chemin à trouver pour le rejoindre… Mauvaise idée! Olivier nous confond avec des voitures et nous fait prendre la route de contournement au lieu des voies piétonnes. L'humeur plombée est bientôt douchée par une pluie sans fin. On arrive détrempé et avec 30 minutes de retard. Heureusement notre interlocutrice est aussi en retard... Avec une dent cassée et son prochain départ pour le Groenland se rapprochant, le détour par le fauteuil du dentiste était obligatoire pour la climatpaléonthologue Dorthe Dahl-Jensen Puits de science débordant d’énergie et de charisme, la pionnière nous embarque dans sa glacière géante. Encore trempés, le thermomètre à -25 degrés fait l'effet escompté malgré nos tenues de cosmonaute, on gèle de l’intérieur mais il suffit que la scientifique sorte une carotte d'un million d'années pour susciter le dégel!!!

On n'a pas envie de partir, l'expérience, l'enthousiasme, le charisme de Dorthe Dahl-Jensen font tout pour nous retenir. Mais le programme, le programme. On file dans sur un autre campus.

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Copenhague


4 juillet 2016

Bremerhaven

Enfin un petit déj!! La veille, avec un train, un avion, un autre avion, un tram et encore un train, on avait avalé que des kilomètres avant d'arriver dans un Bremerhaven où tout ferme avant l'heure y compris l'hôtel censé nous attendre. Il est vrai qu'on est parti pour le Grand Nord et pas pour le Sud…

Donc oui, enfin un petit déj avant de partir à travers cet étrange puzzle composite de larges avenues, de pistes cyclables qui se prennent pour des autoroutes, de bâtiments de brique et d'autres sans style et d'éoliennes élevant son ciel. Bremerhaven se lance dans une nouvelle journée tout aussi déserte que dans sa version nocturne. Peu ou pas de circulation. Peu ou pas de passants. La vie se passe au bord de l'eau! Au port qui veut grandir encore et encore. Dans le périmètre de la Klimathaus, tour du monde muséal des climats, au pied d'une tour copie presque conforme de l'hôtel Burj al Arab de Dubaï et... à bord du paquebot architectural de l'Institut Alfred Wegener (AWI), l'un des plus gros employeur de la ville avec ses 1065 collaborateurs.

Trombes d'eau et plages de soleil alternent. A l'intérieur de l'AWI, c'est l'heure de la cafète. Et à voir les portions de marin servies par le cuisinier, la recherche ça creuse! Des collégiens invités deux jours par semaine à profiter de l'expertise de l'Institut aux scientifiques, des étudiants en fin de parcours aux ingénieurs, tous mangent à la même enseigne pour cinq euros...

17heures! Le mini tour du monde polaire a duré sept heures.... On en redemande mais dans un genre un peu plus reposant, on file vers la Klimathaus, subtil et immense anneau de verre déclinant les chauds-froids soufflant sur le globe et leur impact socio-écologique en débutant par les parois rocheuses de la Suisse et quelques clichés à hauteur de pis de vache et de coucous... Mais la suite vaut le détour.

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Bremerhaven