Grand Nord

Sur les traces du changement climatique

Sept semaines durant, des équipes de la rédaction de 24heures accompagnées de jeunes scientifiques parcourent les régions arctiques, qui subit le plus fort le dérèglement du climat

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Anchorage, Fairbanks, Barrow

Chloé Banerjee-Din journaliste 24heuresPatrick Chuard Journaliste 24 heuresAude Weber étudiante UNILMichel Rime journaliste 24heures

20 août 2016

Kotzebue

L’avion prend de l’altitude au-dessus de Barrow. Nous sommes dans un Beechcraft 1900 à hélices. En bas, le spectacle du bord de mer et de ses glaces flottantes est somptueux. La côte nord défile tandis que nous filons vers Point Lay. A certains endroits des langues de terre s’avancent dans la mer, particulièrement vulnérables à l’érosion causée par la fonte du permafrost.

Après une première escale sur l’aérodrome de Point Lay, nous prenons à nouveau les airs pour suivre la côte vers le sud-ouest. Atterrissage à Point Hope (68 degrés de latitude). L’aérodrome de terre battue, aménagée sur un museau côtier pointant vers le détroit de Béring, dessert le village. Peuplé de quelque 600 âmes, Point Hope est l’un des plus anciens peuplement côtiers du nord de l’Alaska. Dans les années 1970, le village a dû être déplacé de trois kilomètres à l’intérieur des terres à cause de l’érosion. Les voitures qui chargent des marchandises apportées par les airs n’ont pas de plaques d’immatriculation. Un conducteur s’amuse à notre étonnement. “Pas besoin de plaque, dit-il, on ne sort pas du village car il n’y a pas de route.” Nous embarquons dans un autre coucou pour rallier Kotzebue, toujours en suivant le bord de mer.

Kotzebue sur la côte Ouest ne ressemble en rien à Barrow. C’est plus petit, toujours au Nord du Cercle polaire arctique, mais l’ambiance est nettement plus urbaine et certaines rues sont asphaltées. Le quai complètement refait, pour parer aux effondrements de la berge, nous évoque l’Europe, décoration végétale en moins. Mais un côté propre en ordre, une promenade avec vue sur la baie où il est rare de croiser des pêcheurs rafistolant leurs filets. Difficile aussi de dénicher une guinguette servant du poisson fraîchement sorti de l’eau.

Pourtant la pêche reste une activité fort répandue dans la ville qui abrite de grandes conserveries industrielles. Et le toit de l’entrée de l’hôtel Nullagvik battant neuf rappelle la forme d’une barque retournée. En Iñupiaq Kotzebue se dit Kikiktagruk ou Qikiqtagruk, ce qui signifie “presque une île”. Un nom plus que pertinent sur le plan géographique. La bourgade s’avance en effet dans le détroit de Kotzebue au bout de la péninsule de Baldwin. Quant à Kotzebue, c’est le nom d’un navigateur d’origine germano-balte qui, en 1818, oeuvrait pour le compte de la Russie.

Dans le petit musée du coin, une jeune Iñupiat nous assure que l’hiver est terriblement froid: “Je ne sors pratiquement pas de chez moi et je me pelotonne devant ma TV”. En ce début août avec des températures entre 16 et 18 degrés, on n’y croit pas. La bourgade de quelque 3000 habitants sert de centre commercial à tous les villages alentour et a été depuis longtemps en contact avec l’Extême-Orient russe. Elle offre son cadre aux Olympiades mondiales des Indiens Esquimaux.

Lorsque nous quittons la Ville pour Anchorage, escale qui signe la fin de notre périple, nous assistons à la fouille en direct de nos valises. L’aéroport est comme un mouchoir de poche. De la collecte de bagages au check-in en passant par la sécurité, tout semble se faire dans le hall. Une fois dans l’avion, nous sommes accueillis par une drôle d’odeur, que nous attribuons tout d’abord aux toilettes. Contrite, l’hôtesse nous explique que la soute, qui occupe la moitié de l’appareil au même niveau que les passagers, est remplie de poisson. Rien d’inhabituel dans la région, sauf pour nous. Gentiment, elle nous apporte un petit sachet de thé parfumé à l’orange pour s’assurer que nous fassions bon voyage.

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Kotzebue


19 août 2016

Barrow

Après Toolik, Deadhorse d'où un avion nous pose à Barrow. 1er août, il neige à 550 km au nord du cercle polaire arctique. Deux touristes japonais, venus un jour d’Atlanta pour voir l’océan Arctique, explorent la ville. Un trip de 24 heures comme cette fille du Texas qui souhaitait poser son pied sur de la glace dérivante, avant de s’en retourner à Anchorage visiter sa cousine. Tous les trois rateront les danses traditionnelles proposées par l’Iñupiat Heritage Center l’après-midi. Chants, tambour et pas de danse: la magie du son et l’expressivité des mouvements mimant, par exemple, des hommes à la pagaie, nous séduisent.

Une des danseuses (il y en avait quatre), Laura née à Nuvuk, tout près de là, s’entretient avec nous après la prestation. Elle élève ses enfants dans la tradition iñupiaq et insiste pour qu'ils conservent l'usage de la langue et sachent chasser baleines, morses et phoques. “Rien ne se perd dans la baleine, affirme-t-elle. L'huile de beluga possède des vertus médicales. La graisse de baleine est un très bon imperméabilisant. Et la peau de phoque servait à emballer la nourriture avant l'arrivée du plastique dans les frigos naturels à même le pergélisol.” Cette congélation naturelle commence à poser problème avec la hausse des températures.

Barrow, Utqiagvik, en iñupiaq, ce qui signifie l'endroit où l'on chasse le harphang des neiges. Cette oiseau est aussi l’emblème aviaire du Québec. “Ici, on le mangeait autrefois”, précise Laura. Pour revenir à ce que nous avons vu et entendu, elle nous confie que le sens de certaines paroles des chants se sont perdus mais que les mouvements sont restés.

Impossible de rencontrer des indigènes dans les bars. Il n’y en a pas. Et les supermarchés - il y en a plusieurs, la ville comptant quelque 5000 habitants - se prêtent mal pour échanger autre chose que de l’étonnement sur le prix des denrées. C’est chez nos hôtes, un couple possédant une grande maison, dont ils louent 12 chambres que nous ferons connaissance avec tout un petit monde que l’on ne s’attendait pas à croiser ici.

Car la mondialisation galope à Barrow. Lors de notre première soirée, nous rencontrons un grand gars tatoué et sympathique né à Samoa et marié à une Iñupiat, un Indien jain de Bombay étudiant au Canada et en vacances et un jeune Coréen, passablement autiste, dont nous ne tirerons rien. Les autres sont de solides gaillards du Sud de l’Alaska, qui sont ici pour différents travaux de construction ou de dépollution. Le lendemain, un vieux graveur autodidacte, qui vendait 100 dollars un bel ours polaire sculpté en os de baleine, nous apprendra qu’énormément de Philippins viennent bosser ici. Sans parler des Thaïs qui règnent en maîtres sur les taxis de la ville.

Pour ce qui est de l’architecture de la ville, laisson parler les photos. Quant à l’érosion de la côte, rien de comparable à ce qui se passe au Nord-Ouest dans les régions de Kotzebue et de Nome, même si des tonnes de sable sont acheminées sur la grève pour limiter le grignotage régulier de la mer.

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Barrow


18 août 2016

Prudhoe Bay

Les derniers kilomètres de la Dalton sont surélevés au milieu d’une toundra inondée. La chaussée est meuble. La circulation se fait en alternance, il faut patienter longtemps avant qu’un véhicule ne vienne nous chercher. Nous parvenons enfin à Deadhorse, un village de quelques dizaines de résidents, mais surtout constitué d’hôtels pour des milliers de travailleurs des champs pétrolifères de Prudhoe Bay. Un endroit au milieu de nulle part. Le motel “Deahorse Camp”, où nous descendons, tient ses promesses. Tout y est sale, vétuste, branlant. Le café filtre a un goût qui ne devrait, honnêtement, pas être celui d’un café. Dans le camp autour du motel, des centaines de véhicules à chenilles sont parqués, qui servent à l’entretien hivernal de la Dalton. Des flaques de boue et quelques déchets complètent harmonieusement l’ensemble.

Le lendemain nous traversons les installations pétrolifères de Prudhoe dans un bus touristique qui date largement du siècle dernier. C’est le seul moyen d’accéder au bord de mer. Un agent de sécurité nous fait la visite guidée au micro, nous priant d’admirer les derricks. Nous parvenons enfin en bord de mer. Le froid dissuade les courageux qui avaient pris leurs caleçons de bain d’aller faire trempette. Il faut dire aussi que la rive de gravier se prête peu aux plaisirs balnéaires. Luc van Aelbroeck, un quinquagénaire belge qui avait déjà enfilé ses shorts, en est pour ses frais. C’est pourtant un courageux, lui qui a traversé le continent à vélo depuis New-York pour rallier l’Alaska. Il a déjà renoncé à faire la Dalton à vélo, optant pour une traversée de quinze heures en bus. Sage décision. “Je ne regrette rien, dit-il, le paysage était beau et cet endroit est... particulier.” Nous ressentons la même chose.

Difficile de lâcher un fil à Prudhoe Bay. Pourtant ce n’est pas l’espace qui manque. Au moment où l’un d’entre nous s’écarte pour aller se soulager vers une dune esseulée, l’agent de sécurité donne de la voix pour rappeler la brebis égarée dans le troupeau. Qui lui confie, penaude, qu’il ne s’agissait que d’un petit besoin pressant. “Derrière le bus!”, intime l’homme en uniforme. Mais à cet endroit, sans intimité, rien ne sort. Heureusement, tout à l’heure, à la pointe de la plage, il n’était pas là pour nous empêcher de hurler notre bonjour aux immensités glacées là haut, beaucoup plus au Nord encore.

En traversant le champ pétrolier, nous appercevrons des oies sauvages, deux ou trois cygnes, quelques canards, beaucoup d’oiseaux non identifiés et deux caribous en goguette. Au loin de la rive s’inscrit une installation d’extraction pétrolière, mais elle n’est pas off shore nous expliquera-t-on plus tard, car comme l’eau est peu profonde, on y a construit une île. Cohérence ou négligence? Des fûts rouillés dorment sur la plage de cailloux. Comme si l’homme devait forcément semer partout ses déchets...

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Prudhoe Bay


17 août 2016

Atigun / Toolik

Le Yukon River Camp nous avait fait entrer dans l’ordinaire plutôt rude de ceux qui travaillent et circulent sur la Dalton Highway. Au mile 56, nous n’étions pas au bout de nos peines, ni de nos émerveillements. La route en fait 414. Au mile 115, nous franchissons une ligne symbolique, celle tracée par le cercle polaire. Le temps de prendre une photo souvenir et pique-niquer, nous prenons la direction de Coldfoot en traversant des étendues de forêt sans fin.

A cette deuxième étape, d’autres containers nous tendent les bras pour la nuit. Tout aussi boueux qu’à Yukon River, le camp est beaucoup plus fréquenté, en particulier par les camionneurs, les vrais rois de cette route qui nous emmène vers le Nord. Bien sûr nous détonnons dans le paysage. S’il y a d’autres touristes, nous sommes sans doute parmi les plus douillets. Au matin, nous voyons - impressionnés - un groupe de motards mexicains prendre la route. Le soir précédent ils étaient arrivés dans des combinaisons complètement brunies par la boue. Les voilà à nouveau jaunes et noires, parfaitement propres. Ca ne durera pas, vu le temps qu’il fait. Eux, s'en retournent vers le sud. Ils ont adoré passer le col qui nous sépare encore du dernier plateau incliné qui tombe dans l’océan arctique.

Nous repartons avec dans l’estomac un petit-déjeuner qui pèse une tonne, comme tout ce qui se mange par ici. Sur notre plan de route, nous avons l'Atigun Pass, le qui col qui nous fera traverser la Brooks Range. A 70 miles, ce n’est pas si loin, mais sur cette distance, nous avons le temps de voir la forêt se faire de plus en plus maigre, puis disparaître soudain, tout net, juste au pied des montagnes. A partir d’ici, ce sera le règne de la Toundra, à la végétation foisonnante quoique rabougrie en été, mais où aucun arbre ne pousse. Avant d’y accéder vraiment, nous passons le fameux col. Un passage qui, il faut bien le dire, n’impressionne pas les Suisses que nous sommes. Qui a dit que l'Atigun Pass était “kiki”? Mauvaise langue. Serait-ce pour se venger qu’il nous ait accueilli sous des trombes d’eau?

Oui, la journée est pourrie. Nous voici pris dans la souricière de nuages bas. Lorsqu’on baisse la vitre pour prendre, malgré tout, une photo à la dérobée le froid nous saisit. Le Grand Nord, enfin! De l’autre côté du col, le pipeline toujours, mais surtout l’immensité. Prairies rabougries et marécages à perte de vue. Au bord de la route quelques buissons, profitant sans doute, de l’eau qui se déverse de la chaussée. Les épilobes, fleurs emblématiques de la Dalton, rapetissent. Ici, tout se fait petit. Particulièrement l’homme face aux espaces infinis.

Les kilomètres se ressemblent jusqu’à la station de recherches sur le climat de Toolik. Notre étudiante en géographie nous explique la morphologie de certaines roches. Et nous sortons de la Dalton pour nous rendre à Toolik. Nous ne sommes pas sur la lune, mais cette base dans son isolement au bord de son lac, le ciel balayé par de grands nuages irréels, nous projette ailleurs. Tout ici est organisé efficacement. Personne n’est là pour rigoler. Une moitié du camp pour dormir, l’autre pour travailler. Le bâtiment central abrite le restaurant, qui reste ouvert toute la nuit en mode self service. Très bien achalandé l’endroit!

Dans la soirée, un chemin de planches posées sur pilotis bas invite à la promenade digestive. Après tous ces kilomètres en 4x4 qu’il est bon de s’aérer les gambettes. Oiseaux, écureuils terrestres nous accompagnent nous montrant la direction à prendre. Et comme le temps s’est remis, nous cheminons longtemps le regard vissé sur les Brooks Range que nous avons traversé dans la peuf. Plaisir d’apercevoir des formes à des sommets jusque là invisibles. Bonheur de s’oxygéner dans un air roboratif. Après une heure, on aurait supporté des gants et des chaussettes plus épaisses. La nuit se passera sous tente haute avec sac de couchage, deux pour certains, et une petite chaufferette électrique allumée. Rêves de l’immensité.

Le Brook's Range que traverse l'Atigun Pass vu depuis Toolik (ci-dessous).

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Atigun / Toolik


16 août 2016

Yukon River Camp

Pour notre première étape sur la Dalton Highway, nous faisons halte à Yukon River Camp. Hébergement pour camionneurs de passage, ce n’est ni un village, ni même un hameau, plutôt un assemblage de containers entouré d’un grand espace de parcage. A notre arrivée, celui-ci est entièrement vide et offre la vision d’un énorme champ de boue émaillé de flaques. Au fond, un bâtiment sans étage en préfabriqué a vu de meilleurs jours, et le drapeau américain flotte bon an mal an à côté de la porte. C’est la réception et le restaurant. A côté, deux ou trois autres boîtes à chaussures complètent le tableau. Nos gîtes pour la nuit.

Après dîner, vers dix heures du soir, le soleil est bien loin d’avoir dit son dernier mot. C'est le moment d'aller faire une ballade au bord de la rivière Yukon. Et servir de repas aux moustiques. Le temps de faire quelques clichés du pipeline et du pont qui enjambent l’eau à cet endroit, je bats en retraite pour ne pas finir dévorée. Au même moment, à force de me voir agiter les bras au bord de la route pour chasser les indésirables, un camionneur s'arrête à quelques mètres et met le pied à terre. Il me hurle: "You want a ride?" (“Je vous emmène?”). Auto-stoppeuse malgré moi, je m'éloigne en me grattant, feignant d’ignorer que c’est à moi qu’on parle. Maudits moustiques.

Ce soir-là, le camp est plutôt vide. Les camionneurs font étape plus loin, on dirait. Nous serions pratiquement seuls s’il n’y avait pas une équipe d’archéologues parmi les pensionnaires. L’un d’entre eux, Nick, m’explique qu’ils font des fouilles sur le futur tracé d'un gazoduc. Celui-ci devrait s’ajouter au pipeline qui traverse déjà l’Alaska au même endroit. Pour quelques jours, lui et son team ont fait de Yukon leur camp de base et de là, remontent le long de la route pour repérer des sites archéologiques que le gazoduc devrait éviter. Nick travaille pour une corporation qui appartient aux tribus autochtones de la côte nord. Entre autres activités, cette organisation vend divers services, dont ceux de son équipe d’archéologues. Des services essentiellement destinés aux compagnies qui exploitent l'or noir dans la région. Il me cite les sociétés impliquées dans le projet de gazoduc: BP et Exxon en particulier. Si elles paient pour faire des fouilles, c’est pour des raisons à la fois légales et politiques. Avant de construire, elle doivent documenter et préserver le patrimoine archéologique des tribus, enfoui en sous-sol depuis des centaines d’années.

Nick explique le fonctionnement des corporations. Il y en a plusieurs en Alaska, mais celle qui l’emploie brasse sans doute les plus grosses sommes d'argent. C’est elle qui gère les droits territoriaux de la côte nord de l’Alaska, où se trouvent les champs pétrolifères, afin d’en redistribuer les dividendes aux tribus. De fait, les terres appartiennent aux autochtones. Selon Nick, chacun d’entre eux, chaque individu, peut recevoir entre 50'000 et 100'000 dollars par année "juste pour être né". "Il y a un problème avec ce système, estime-t-il. Si on gagne son argent en travaillant, comme vous et moi, on lui accorde un sens complètement différent." Il m'explique que certains autochtones vivent dans la pauvreté, même en gagnant 50'000 dollars par année. "Plutôt que d'acheter des maisons ou investir dans un business, certains achètent un, deux pourquoi pas trois motos-neige. A mon avis, c’est simplement qu’ils ne savent pas utiliser cet argent comme nous autres le ferions. Mais qui sommes-nous pour leur expliquer ce qu’ils doivent faire?"

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Dalton Highway


15 août 2016

Salut l'Alaska!

Après une escale à Anchorage, nous atterrissons à Fairbanks, deuxième ville de l’Etat. Un élan empaillé nous accueille à l'aéroport. Un géant. Ces animaux peuvent peser jusqu'à 700 kilos. Fairbanks est une ville passablement boisée, qui ressemble en fait à une gigantesque clairière au milieu d’une étendue forestière sans fin. Nous avons rendez-vous au Beautiful Log Cabin, que nous loue une habitante. Ce qu'on appelle "cabin", c'est le chalet local. Il est situé dans un quartier extérieur, justement en plein bois.

Le lendemain, deux d’entre nous ont rendez-vous avec des scientifiques de l’Université de Fairbanks. Deux autres s’en vont visiter le Quartz Lake, à 130 kilomètres au sud. Ici, la voiture est reine, peu de cyclistes et encore moins de piétons. Une prise électrique qui dépasse du capot nous intrigue. On nous explique que l’hiver l’installation permet d’alimenter un petit chauffage qui empêche le moteur de geler complètement. Le Quartz Lake offre un panorama magnifique. Certains pêchent ici pour le plaisir. Chaque habitant de l'Alaska a droit à un quota annuel de pêche au saumon: l'an dernier, une famille de quatre personnes pouvait s'octroyer 55 poissons. Les pêches les plus abondantes se font par exemple dans la Copper River, lorsque le saumon remonte la rivière, c'est à trois ou quatre heures de route du Quartz Lake, le long de la Richardson Highway.
Nous traversons le lac en barque et rencontrons Joshua Reuther, un archéologue qui mène des recherches sur les rives.

Demain, nous attaquons la Dalton Highway, cette route qui mène au nord et nous permettra d’aller jusqu’à la mer arctique. Nous allons acheter quelques victuailles qui nous permettront de pique-niquer entre les étapes et d’adoucir la vie des deux végétariens du groupe, mis à rude épreuve au pays du hamburger! Avant de partir, nous allons louer le pick-up dans une agence Go North. Le loueur ressemble à un ours dressé sur ses pattes arrières et s’exprime par onomatopées. Justement, il nous propose un spray contre les ours. En cas d'attaque inopinée de grizzly, dit-il, il faut vaporiser en direction de la tête, à une distance maximale de dix mètres. Cet achat sera sans doute inutile, nous le pressentons, puisque nous n’avons pas prévu de longue randonnée, cependant nous sacrifions au folklore. Le pick-up, un Ford Super Duty Truck, fait près de 7 mètres de long. L’assurance couvre tout, sauf les marches arrière. Décidément,les assureurs ont le sens du commerce.

Nous prenons de l'essence dans la première station venue. Terry, la vendeuse, nous demande d'où nous venons. “Switzerland? Oh! I've seen your president on the TV”... Visiblement elle connaît Johann Schneider-Ammann. Elle confie avoir bien ri, mais elle affirme que, tout bien réfléchi, il n'est pas si drôle d'avoir un tel président. Nous la laissons parler. Départ pour la Dalton Highway! Les cent premiers kilomètres de la route devraient être goudronnés. Après, c'est gravier et terre tassée. Les premiers kilomètres, nous captons encore la radio. S'il devait y avoir une bande sonore à ce voyage sur la Dalton, ce serait peut-être la chanson de Dave Dudley, “Six Day on the Road”. Quelque chose de bien cow-boy avec ce qu'il faut d'accent et de boue aux santiags. Raison de plus de se demander quelle a été l’histoire de ce coin de terre.

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Fairbanks