Les arènes géantes des lutteurs bâties sur l’aérodrome de Payerne

Si elle garde son image champêtre, la Fête fédérale de lutte bat des records de gigantisme. Ses arènes sont les plus grandes du monde.

Le ballet incessant de machines de chantier, d’ouvriers casqués et de militaires (une centaine chaque jour) est à la mesure de l’enjeu. Exceptionnel. La vaste base aérienne de Payerne s’apprête à accueillir le plus grand événement de toute la Suisse: 250’000 spectateurs sur trois jours, des centaines d’athlètes et quelque 300 m3 de sciure. Le dispositif d’accès à la Fête fédérale de lutte (Estavayer 2016) va faire du tarmac la plus grande gare routière du pays les 26, 27 et 28 août prochain. Cette fête de tous les superlatifs a son équipement phare: des arènes en plein montage.

Celles de la dernière fête de lutte, à Berthoud en 2013, avaient été qualifiées de plus grand stade temporaire du monde. Or elles comptaient… trois places de moins que celles de Payerne. Ce véritable colosse de métal et de bois sera capable de «porter» 52’016 spectateurs au plus fort de la manifestation trisannuelle. L’immense hexagone mesure 230 mètres de large. Imaginez. C’est plus que le Stade de France, trois fois les gradins de la Fête des Vignerons, et l’équivalent des deux tiers du Colisée de Rome, le marbre et les lions en moins.

Prouesse géométrique

Au milieu du montage de cette forêt de tubulures de métal, Jean-Michel Loup se surprend à sourire. «Le planning est serré, on ne peut pas se permettre de perdre une seule journée. En même temps, c’est un travail d’ingénieur. Si on part juste au début, on n’aura aucune surprise à la fin.» Ce géomètre avenchois s’est retrouvé chef des constructions du site, et il ne cache pas son plaisir. La seule chose qu’il garde secrète, c’est l’emplacement de la fameuse pierre d’Unspunnen, qui doit être utilisé lors des jeux. «On ne sait jamais, des fois que des autonomistes jurassiens s’y intéressent», rigole-t-il.

  • Jean-Michel Loup, directeur des travaux de montage des arènes de la Fête fédérale de lutte
  • Les ouvriers sont à pied d'œuvre pour terminer le montage d'ici le début des festivités.
  • Ce véritable colosse de métal et de bois est capable de soutenir 52'016 spectateurs au plus fort de la manifestation trisannuelle.
  • Elévation des pans du toit.
  • Ces structures temporaires sont prévues pour 50'000 spectateurs.
  • En pleine construction, les arènes font penser à un titan d'acier.
  • Le montage des arènes est opéré en grande partie par des militaires.
  • L'immense hexagone mesure 230 mètres de large. C'est plus que le Stade de France, trois fois les gradins de la Fête des vignerons, et l'équivalent des deux tiers du Colisée de Rome, le marbre et les lions en moins.
  • Une centaine d'ouvriers s'affairent chaque jour pour que tout soit prêt à temps.
  • Il a fallu amener 10'000 mètres cubes de gravier pour obtenir un niveau parfaitement horizontal.
  • Le site de 90 hectares, clôturé par 8 km de barrières, voit un impressionnant rush visant à mettre en place à temps quelque six cantines de 2000 places, deux halles d'exposition, six grills de la taille d'une maison.
  • Le logo de la Fédérale organisée par Estavayer.

Chaque module de gradin, d’une capacité de 8500 places, provient de différentes entreprises et ils sont assemblés par le thurgovien Nussli. Ce qui leur permet de moduler ou de composer d’immenses infrastructures. Celles de Payerne sont en travaux depuis près d’un an.

«Il a d’abord fallu amener 10’000 m3 de gravier pour obtenir un niveau parfaitement horizontal», poursuit le géomètre le plus naturellement du monde. Son plus grand défi? Implanter les immenses vis qui maintiennent les gradins dans le sol. Celui de la base aérienne est truffé de câbles militaires vitaux pour la place.

L’élévation a débuté fin juin, par chance entre les averses du printemps pourri. Tandis que Jean-Michel Loup coordonnait l’arrivée du matériel. «C’est un défi logistique, ajoute-t-il. Il y a 2000 tonnes de matériel ici.» Le tout en obtenant l’aval de l’Office fédéral de l’aviation civile: le faîte des arènes culmine à 17 mètres de haut.

Au centre de cette étendue de métal et de poussière, une oasis verte équivalant à trois terrains de football. Son hydratation est assurée par 2 km de tuyaux. «Dans le respect de l’environnement», souligne le responsable. Le gazon, «image de marque de l’événement», a été amoureusement semé et tondu par des spécialistes, qui multiplient les soins pour qu’il se présente sous son meilleur jour lors des festivités.

Fourmilière de 90 hectares

Hors des arènes, le défi n’est pas moindre. Le site de 90 hectares, clôturé par 8 km de barrières, fourmille de collaborateurs qui ont pour mission de mettre en place, dans les temps, six cantines de 2000 places, deux halles d’exposition, six grils qui font chacun la taille d’une maison et tout l’aménagement des infrastructures prêtées par l’armée.
Deux hangars pour avions de chasse ont ainsi été transformés en poste électrique et logistique, en restaurant, voire en halle folklorique.

  • 29 millions Voici un budget qui témoigne du fait que la manifestation tend de plus en plus au gigantisme. Tout prend de l’ampleur: infrastructures, technologie, sponsoring… Si l’esprit reste identique, assurent les organisateurs, le raout monumental qui aura lieu à Payerne ne ressemblera guère à la bucolique fête de 1895 à Bienne. Le budget, lui, a suivi. Il était de 12,7 millions de francs à Aarau en 2007, de 20 millions à Frauenfeld en 2010, de 25 millions à Berthoud en 2013.
  • 50’000 places de parc en plus de 10’000 pour vélos, reflètent l’affluence. Pendant trois jours, Estavayer 2016 va générer sur le tarmac de Payerne un trafic qui en fera la plus grande gare routière du pays, gérée par les TPF. Des dizaines de bus navettes, en plus des 300 cars attendus, doivent arriver en continu depuis les gares de Payerne et de Corcelles-Nord. Côté CFF, quelque 130 trains spéciaux seront mis en place dans tout le pays. Le trafic des visiteurs atteindra, au petit matin, une concentration rare.
  • 250’000 visiteurs Ce rassemblement populaire majeur du pays concentre sur trois jours, à quelques milliers de personnes près, l’équivalent de la fréquentation du Paléo Festival de Nyon. Soit un quart de million de mordus et de curieux. Les arènes peuvent en accueillir 52’016, ce qui en fait les plus grands gradins temporaires du monde, selon leurs concepteurs. A noter qu’une grande partie de la fréquentation est à situer hors de ce colisée de fer, sur une place de fête de 90 hectares située sur l’aérodrome militaire. L’engouement des Romands pour l’événement n’est toutefois pas à sous-estimer. Ils pourraient constituer 30% de l’affluence totale.
  • 4000 bénévoles Sur cette armada peuvent s’appuyer les 22 membres responsables du pilotage et de la direction du grand raout, totalisant ainsi 70’000 heures de travail. Et ce, en sus de la collaboration de l’armée, d’entreprises mandatées, ainsi que d’une septantaine de partenaires et de sponsors. Car la fête est aussi une vitrine inestimable. A Berthoud, elle avait généré 15’000 nuitées hôtelières. Pour Estavayer, les acteurs du développement et du tourisme régional ont déjà prévu une communication commune et des animations ciblées sur la place.
  • 800 athlètes dont 280 lutteurs et 120 lanceurs de pierre. Pour les sections régionales de lutte et de sport alpin, la compétition possède une aura plus forte encore que des Jeux olympiques.
  • 90 tonnes de sciure Elles seront réparties en sept rond disposés sur l’herbe de l’arène.
  • 1100 kilos Tel est le poids du taureau Mazot qui sera offert au roi des lutteurs.
  • 1,8 tonne de viande répartie en 5000 portions. C’est avec cette quantité que l’enseigne Migros se prépare à battre le record du monde du plus grand nombre de volailles grillées.
  • 40’000 saucisses La nourriture sera distribuée dans six cantines, un bar et plusieurs grils répartis sur le site. Il y aura également 10’000 bürli (petits pains) et 500 kilos de Kalbhals (cou de veau). Mais patriotisme romand oblige, l’accent a été mis sur le terroir régional: poissons du lac, crème double, jambon à l’os, saucisson vaudois… «Le plus grand défi sera de faire boire du vin valaisan aux Vaudois, c’est le vin officiel», sourit Odilo Bürgy.
  • 200’000 litres de bière C’est le débit attendu pour la mousse. Du côté des autres boissons, le jus de pomme devrait monter jusqu’à 30’000 litres et le schnaps jusqu’à 4’000.
  • 1843 toilettes ont été disposées sur le site. Leur entretien a été confié à une entreprise spécialisée qui aura fort à faire: entre la fermeture de la fête durant la nuit et l’ouverture au petit matin, les spécialistes disposent de deux heures et demie pour faire place nette.